Dans un rapport présenté le 19 janvier 2010 au Ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, Xavier Darcos, le Conseil d’Analyse Economique (CAE) s’intéresse à la manière de concilier la protection des travailleurs et l’efficacité économique des entreprises. Rédigé par Jacques Barthélémy (avocat spécialisé en droit social) et Gilbert Cette (économiste à la Banque de France), ce rapport propose une refonte du droit social, qui en l’état actuel des choses n’est ni protecteur pour les travailleurs, ni efficace d’un point de vue économique pour les entreprises.
Partant de ce constat relativement sévère, les deux auteurs défendent l’idée que la refondation du droit social est aujourd’hui nécessaire. Selon eux, « les mutations profondes de la vie économique dont celles induites par les progrès des technologies de l’information et de la communication appellent à des transformations importantes du droit social », mais également de celui de la protection sociale. Cette refondation passe par la réduction du droit réglementaire au profit du droit conventionnel et de la pratique des contrats.
Cependant, plusieurs conditions doivent être satisfaites pour y parvenir : « renforcement de la légitimité des acteurs concernés qui passe en particulier par une augmentation du taux de syndicalisation, amélioration de la conduite de la négociation collective, meilleur traitement des litiges en donnant, par exemple, plus de place aux procédures de conciliation et médiation… ». Bien que les deux auteurs reconnaissent que les conditions sont loin d’être réunies pour y parvenir, ils estiment que la France est prête pour une telle transformation.
Au final, ce rapport préconise un droit social nouveau, plus contractuel et moins réglementaire, dont la mise en place passe nécessairement par une phase de concertation entre les partenaires sociaux. Pour y parvenir, les propositions du rapport sont les suivantes :
Améliorer et développer le dialogue social
Elargir le champ d’exercice du droit contractuel
Rendre plus efficace le traitement des conflits et du non-respect du droit social
Sécurisation des parcours professionnels
Autres simplifications du droit social
Suite à la remise de ce rapport, Xavier Darcos a exprimé dans un communiqué son vif intérêt devant les propositions de ce document, estimant notamment que les préconisations sur les institutions représentatives du personnel pourraient « nourrir utilement les discussions en cours entre les partenaires sociaux ». Il a en outre rappelé que les réformes du marché du travail, de la représentativité et du temps de travail ont d’ores et déjà permis de donner une plus grande place à la négociation collective, avant de saluer « l’esprit d’équilibre » ayant présidé à la rédaction de ce rapport.
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Vos réactions
2 CommentairesJe me permettrai de réagir à cet article en plusieurs temps tant il est dense.
Vouloir réduire le droit réglementaire et général au profit du droit contractuel et individuel n'est pas une idée neuve. Vouloir réviser la protection sociale n'est pas d'avantage une idée neuve. Après tout certains pourraient dire que les "recettes de grands mères" sont parfois excellentes.
Alors pour aujourd'hui je ne m'en tiendrai qu'à l'accroissement de la contractualisation. Depuis des décennies les grandes entreprises n'ont cessé d'aller vers une plus grande individualisation, du contrat, des augmentations salariales...
La conséquence c'est que ce sont ces mêmes entreprises qui désormais déplorent un manque de collectif des salariés une augmentation phénoménale de l'individualisme quand ça n'est pas une perte du fameux "esprit d'entreprise".
Contrairement aux conclusions du rapport, la crise vient de nous révéler qu'il y avait nécessité de renforcer le collectif.
L'on peut déplorer les arcanes des codes et notamment du code du travail mais lui substituer le contrat individuel c'est revenir à des rapports de force dont les petites entreprises feront les frais et c'est accroître l'insécurité juridique de ces contrats.
Le droit et donc le droit qualifié ici de réglementaire a au moins la vertu de se substituer à des rapports de force. Aussi ce droit doit fixer le cadre général dans lequel pourrait alors évoluer les situations individuelles. Prenons alors garde à ne "pas jeter le bébé avec l'eau du bain"!
Encore une fois un rapport s'en prend au faible taux de syndicalisation en France et appel à une augmentation de celui-ci.
Par provocation j'aurai alors tendance à demander si depuis lors les rapporteurs ont eux même décidé de se syndiquer pour apporter leur pierre à l'édifice.
Tout d'abord et c'est peut être une spécificité de notre pays mais avec un taux de syndicalisation si faible, les salariés ont une des législations du travail les plus protectrice, une protection sociale des plus performante (que le Président des USA a même cité en exemple pour sa propre réforme), un dialogue social des plus vigoureux et une couverture conventionnelle unique au monde puisque 90% des salariés français sont couverts par une convention collective et enfin même les syndicats allemands sont époustouflés par la capacité de mobilisation des OS française lors des mouvements sociaux (souvenons-nous de la mobilisation lors des grèves et des manifestations contre le CPE!).
N'en déplaise donc aux auteurs du rapport, le faible taux de syndicalisation n'a jamais nuit et ne nuit toujours pas au dialogue social et bien être des salariés. Que l'on puisse estimer que les choses soient perfectibles alors là nous tomberons tous d'accord mais il est stérile de vouloir prétendre que "les prairies sont toujours plus vertes ailleurs". Il serait enfin temps de faire preuve de pragmatisme et de cesser de se livrer à notre sport national qui est l'auto flagellation.
Tout d'abord il faut se souvenir que les cotisations syndicales françaises sont les plus élevées d'Europe. Dans notre système français la syndicalisation est libre et volontaire et n'offre pas d'avantage particuliers (en Belgique pour percevoir plus rapidement son allocation chômage mieux vaut être syndiqué car ce sont les OS qui gèrent les allocations, en Allemagne mieux vaut être syndiqué car c'est le DS qui établit la liste des salariés licenciés, en Angleterre mieux vaut être syndiqué pour accéder à certains emplois...) au contraire encore trop souvent le fait, en France, d'être syndiqué constitue un frein a son déroulement de carrière.
Le taux de syndicalisation est plus faible dans le privé que dans le public et certaines analyses ont montré que les salariés du privé soutenaient facilement les mouvements sociaux du public dès lors que ceux-ci peuvent avoir un effet bénéfique pour eux même (l'idée de la grève par procuration a été largement évoquée par certains).
Enfin l'augmentation du taux de syndicalisation ne se décrète pas et encore moins en France!
Les organisations syndicales françaises ont même plus d'adhérents que les partis politiques! Pour autant a-t-on jamais porté de jugement sur la légitimité de ces partis à représenter le corps électoral?
Il est tout de même paradoxal de lire dans ce rapport qu'il faut alléger le code du travail et dans le même temps vouloir y ajouter d'autres règles. Apporter de la souplesse serait de considérer que la loi est l'expression de la volonté générale et qu'elle définit le socle commun intangible ou les limites du cadre conventionnel et contractuel. A trop prétendre vouloir déréglementer les auteurs ne font que préconiser la substitution d'une autre réglementation qui n'en sera pas moins compliquée et donc sujette à insécurité juridique.