Edité par la société Planète Informatique, le site SurveillerMonSalarié.com propose une solution informatique permettant de surveiller tous les faits et gestes de vos salariés. Alors si vous aussi vous avez « fait à maintes reprises la mauvaise expérience d’embaucher des salariés dont l’honnêteté ne faisait pas partie de leurs principes » (dixit le fondateur de la société), vous pouvez investir dans ce mouchard. Mais avant de sauter le pas de la surveillance totale, posez-vous les bonnes questions.
A quoi sert le logiciel SurveillerMonSalarié.com ?
Le logiciel en question est un logiciel espion de surveillance qui vous renseigne sur l’activité en temps réel de vos salariés. Ce mouchard vous permet « de savoir ce que fait votre employé sur son ordinateur, à la minute près. Et si votre salarié enfreint les règles, vous le saurez immédiatement… Terminé les pauses interminables Facebook, Twitter, et Msn Windows Live Messenger ! », précise la documentation commerciale.
Une fois installé sur l’ordinateur de votre salarié (moyennant 790 euros HT par poste), le logiciel va notamment enregistrer toutes les saisies sur le clavier (keylogger), les clics de souris, les sites Internet visités, les conversations sur les messageries instantanées. Le logiciel enregistre également une capture d’écran toutes les secondes avec l’heure, la date et le nom de l’employé. Le tout est ensuite compilé dans un rapport envoyé chaque jour par e-mail.
Le but de ce type de logiciel est bien évidemment de limiter la flânerie des salariés sur Internet, tout en augmentant leur productivité. Le fondateur de la société avance même qu’en utilisant son logiciel, « vous économisez 2 mois de salaire par an et par employé » !
Internet est-il vraiment l’ennemi de la productivité ?
L’argumentaire commercial de la société Planète Informatique se base sur une étude réalisée en 2009 par la société Olféo, société de filtrage de contenus sur Internet. Selon cette étude, les salariés français passent en moyenne 86 minutes par jour sur Internet, dont 58 minutes pour un usage non professionnel (consultation d’e-mails personnels, de sites de jeux, de Facebook…). La société Olféo va même jusqu’à préciser que « les salariés n’ont plus 5 semaines de vacances mais 9 » ! Ainsi, l’usage incontrôlé d’Internet « coûte à l’entreprise en moyenne 4 semaines de congés payés en plus et 2 mois de salaire par an et par employé ». Toutefois, les résultats de cette étude n’ont pas de valeur scientifique.
Pour sa part, le Dr Brent Coker, du Département Marketing de l’Université de Melbourne, affirme au contraire que le surf personnel améliore la productivité des salariés d’environ 9 %. Après avoir menée une étude, scientifique celle-ci (Freedom to surf : workers more productive if allowed to use the internet for leisure), auprès de 300 salariés, il en est arrivé à la conclusion que les temps de pause que s’accordent de temps en temps les salariés sur Internet les aident à être mieux concentrés le reste du temps, et donc à être finalement plus productifs.
Quels sont les risques inhérents à l’utilisation de ce type de logiciels ?
Au-delà de l’utilité limitée de ce genre de logiciels, ces derniers soulèvent un certain nombre de questions d’ordre juridique. Face à un désir légitime de productivité de la part des employeurs, deux principes fondamentaux reconnus par la Cour de cassation et le Conseil constitutionnel s’opposent à un blocage total de l’utilisation personnelle des ordinateurs par les salariés : le respect à la vie privée et le respect au droit de communiquer.
Afin de ne pas violer ces deux principes fondamentaux, il est préférable de ne pas empêcher totalement un salarié d’utiliser la connexion Internet et l’ordinateur mis à sa disposition pour des besoins personnels. Or, dans le cadre du logiciel SurveillerMonSalarié.com, la vie privée disparaît complètement. Plus moyen pour un salarié de répondre à un mail personnel ou de consulter son blog durant la pause, sans que vous en soyez immédiatement informé.
Par exemple, si un salarié souhaite consulter le site de sa banque pour vérifier qu’il a bien reçu son salaire du mois, l’employeur récupérera automatiquement les mots de passe du salarié (keylogger) ainsi que des captures d’écran faisant état de sa situation financière ! Par conséquent, le risque de contentieux semble bien réel à ce niveau.
Par ailleurs, vous devez être très attentif à la législation en matière de surveillance des salariés. Avant même de recourir à des logiciels espions, vous devez absolument en informer vos salariés. A ce titre, l’article L.1222-4 du Code du travail précise qu’ « aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance ».
Dans ce cadre, le meilleur moyen est de recourir à l’utilisation d’une charte informatique. Pour en savoir plus à ce sujet, référez-vous à notre article « Utilisation d’Internet par les salariés : quels sont les risques ? Peut-on interdire tout usage privé ? ». De plus, une déclaration auprès de la CNIL est indispensable.
Quelles sont les autres solutions à votre portée ?
Que ce soit d’un point de vue professionnel ou personnel, bloquer tout accès à Internet semble donc impossible et contre-productif. Toutefois, des solutions existent pour limiter l’utilisation abusive d’Internet pendant le temps de travail.
A ce titre, l’installation d’un serveur mandataire ou « proxy » semble plus intéressante, tant du point de vue financier que légal. Cette solution vous permet de filtrer le trafic de l’ensemble des ordinateurs de votre parc informatique en leur interdisant par exemple l’accès à certains sites ou à certains mots clés. Dès lors, toute utilisation abusive des connexions Internet par les salariés peut être enrayée.

