Temps fort de l’agenda social 2010, la réforme des retraites divise tant sur le fond que sur la forme. Dans ce dossier brûlant, les positions défendues par le gouvernement, le patronat et les syndicats ne semblent pas totalement en phase avec ce que pense l’opinion publique. Par conséquent, entre augmentation des cotisations, allongement de la durée légale d’activité et recul de l’âge de départ à la retraite, petit tour d’horizon des positions défendues par les futurs acteurs de la négociation sur les retraites.
Les Français sont prêts à faire des sacrifices !?!
Selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche réalisé les 7 et 8 janvier derniers, 40% des personnes interrogées (1019 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans ou plus, dont 522 actifs) estiment, qu’au cours des dernières années, le système de retraites a fait l’objet de réformes qui allaient dans le mauvais sens, contre 19% qui pensent que les réformes allaient dans le bon sens.
Parallèlement, 76% des personnes interrogées ne sont pas confiantes quant à la garantie de toucher plus tard une retraite satisfaisante par rapport à leurs revenus (30% plutôt pas confiant et 46% pas du tout confiant), un chiffre en augmentation de 15 points par rapport au mois d’octobre 2008. Les personnes interrogées estiment également qu’elles pourront partir à la retraite à l’âge de 64,7 ans en moyenne, avec 62% qui pensent partir après 65 ans.
Autre élément intéressant de ce sondage : 44% des personnes interrogées sont prêtes à travailler jusqu’à l’âge de 64 ans et 33% jusqu’à 69 ans pour toucher une bonne retraite, contre 10% qui sont prêtes à travailler jusqu’à 70 ans et plus. Ainsi, les personnes interrogées semblent prêtes à accepter de travailler jusqu’à l’âge de 61,9 ans en moyenne pour toucher une bonne retraite.
Enfin, si le choix était laissé aux actifs interrogés qui représentent 54% de l’échantillon :
A la lecture de ces chiffres très instructifs, c’est la surprise qui prédomine. Alors que le gouvernement appréhende le futur débat sur les retraites à quelques mois de la mise à plat du système, les Français se disent donc prêts à faire des efforts pour sauvegarder le système par répartition, auquel ils sont très attachés. Cependant, la partie n’est pas gagnée d’avance pour le gouvernement, qui contrairement aux réformes précédentes (1993, 2003 et 2008) devra s’efforcer de convaincre davantage les Français de l’efficacité des mesures envisagées.
Le gouvernement souhaite aboutir à l’automne
En raison d’un agenda social chargé, des élections régionales de mars, des congrès de la CFE-CGCG et de la CFDT en février et en juin, des élections patronales (notamment au Medef) de la rentrée de septembre et des négociations sur les régimes complémentaires prévues en novembre, le gouvernement souhaite aboutir rapidement sur ce dossier des retraites. C’est ce qu’a indiqué le Ministre du Travail, Xavier Darcos, lors d’un débat au Sénat en précisant qu’il souhaite aboutir à l’automne prochain.
Il a par ailleurs réaffirmé son intention de sauvegarder le système par répartition, d’aborder « sans faux-semblant » la question de la fonction publique, d’écarter la possibilité d’une baisse du montant des pensions et/ou d’une augmentation des cotisations. « Je le dis donc sans ambages : dans un pays où l’espérance de vie s’accroît d’un trimestre chaque année, nous n’avons d’autre solution que de travailler plus longtemps », a-t-il indiqué.
La présidente du Medef, Laurence Parisot partage cette analyse. Lors de sa conférence de presse mensuelle, elle a jugé possible d’ « avancer significativement » sur les retraites, « sujet beaucoup plus consensuel qu’on ne le dit », en repoussant l’âge légal de départ et en instaurant des systèmes par capitalisation au côté du système par répartition. Elle a assuré que ce n’était « pas pour supprimer le système par répartition, mais pour avoir une plus grande mixité de systèmes ».
De son côté, lors de ses vœux 2010 à la presse, le Premier Ministre a précisé que « nous connaissons tous les instruments qui sont à notre disposition : les cotisations, la durée légale d’activité et l’âge de départ à la retraite », tout en prévenant qu’ « avec le Président de la République, nous les examinerons sans tabou et nous n’esquiverons pas nos responsabilités. Personne ne doit s’attendre à des décisions faciles pour assurer la pérennité de nos régimes de retraite ».
Par conséquent, la position du gouvernement semble déjà très tranchée sur la question des retraites, et c’est ce qui effraie un peu les syndicats qui redoutent une « Blitzkrieg » estivale (FO), une réforme bâclée (CFDT) ou « un débat escamoté » (CFTC) visant à faire passer des mesures dures.
Les syndicats s’opposent… et certains proposent !
« Pas question de repousser l’âge de la retraite ou d’augmenter les durées de cotisation » pour Jean-Claude Mailly (FO), qui a mis en garde le gouvernement contre toute tentative de « blitzkrieg » à la faveur de l’été : « on a bien compris qu’il ne se passera rien avant le mois de mars », allusion aux prochaines échéances électorales. Dans un récent communiqué de presse, il s’interroge : « au nom de quoi le fait de vivre plus longtemps devrait-il nous amener à travailler plus longtemps ? ». Il rappelle également l’attachement de FO au système par répartition et son opposition à une « réforme systémique » réduisant la solidarité intergénérationnelle.
La CFTC partage ce point de vue et précise sur son site Internet que « ce n’est pas parce qu’on vit plus longtemps, qu’on doit travailler plus longtemps ». Sur le fond du dossier la CFTC se prononce clairement contre « une réforme systémique » qui reviendrait à passer à un système par point et conduirait, selon elle, à une fusion des régimes de base et complémentaires dommageable pour les salariés. Par ailleurs, la petite centrale chrétienne est opposée à toute augmentation de la durée de cotisations et milite pour la fixation de deux âges pivots (60 et 65 ans) qui constituent, selon elle, des garanties sociales importantes et permettent un libre choix pour chaque salarié. C’est pourquoi, la CFTC propose :
De son côté, la CFDT ne partage pas le point de vue de la CFTC. Pour François Chérèque (CFDT), il faut être lucide : « le système créé en 1945 n’est plus adapté. Un rafistolage n’est plus possible. Il faut une réforme d’ampleur du système par répartition pour faire face au vieillissement de la population, à des carrières plus erratiques et à l’enjeu de la pénibilité du travail. Les retraites doivent mieux coller au parcours des assurés, avec plus de choix personnels et de lisibilité car le système actuel est trop complexe ». Grosso modo, la CFDT préconise donc la mise en place d’un système de retraites par points, mais sans vraiment le dire en raison de son congrès du mois de juin.
Enfin, la CGT rappelle que la réforme des retraites doit faire l’objet d’une attention particulière au-delà des « mesurettes » relatives à l’emploi des seniors, avec des mesures réellement efficaces pour l’emploi des salariés de 50 à 60 ans, comme pour celui des moins de 30 ans. Dans ce cadre, la CGT milite pour le maintien du système par répartition et propose que soit maintenue l’ouverture du droit à la retraite à 60 ans pour une carrière complète qui intègrerait les années d’études et les périodes de précarités subies, ainsi qu’un taux de remplacement d’au moins 75% du salaire de référence (le dernier salaire dans le public et les 10 meilleures années dans le privé). Elle propose également un élargissement de l’assiette de cotisation à tous les revenus du travail, aux revenus financiers des entreprises, ainsi qu’une modulation de l’assiette en fonction notamment du ratio valeur ajoutée/masse salariale. Enfin, elle propose la création d’une maison commune des régimes de retraite qui aurait pour mission de solidariser les différents régimes en définissant et en promouvant des mesures de progrès sociales.

