Proposée par de nombreux cabinets de recrutement et reconnue par l'AFNOR (norme NF X50-767) en tant qu'outil d'aide à la décision professionnelle, la graphologie est censée permettre d'apprécier les caractéristiques psychologiques d'un candidat à partir de l'observation de son écriture manuscrite.
A l'heure actuelle, cette technique est principalement utilisée en France, où une enquête menée en 1999 auprès de 62 cabinets français a établi que 95 % des entreprises françaises l'utilisent pour sélectionner leurs candidats à l'embauche, dont 50 % de façon systématique. En dehors de la France, le recours à la graphologie reste marginal. Alors, qu'est ce que la graphologie ? S'agit-il d'une méthode valide d'évaluation de la personnalité ? Avez-vous intérêt à y recourir pour vos recrutements ? Détails.
Qu'est ce que la graphologie ?
La graphologie doit être distinguée de l'expertise en écritures, qui est une technique d'investigation consistant à attribuer un écrit manuscrit à son scripteur, que ce soit pour l'identification judiciaire de l'auteur d'un écrit anonyme ou pour l'attribution historique de documents manuscrits. Cette technique ne doit pas être confondue avec la graphologie, qui n'est pas une vérification mais une interprétation psychologique.
Basée sur le postulat que l'écriture serait l'expression de la personnalité, la graphologie est une technique qui vise à déduire des caractéristiques psychologiques d’un individu, sa personnalité, à partir de l’observation et de l'interprétation de son écriture manuscrite.
Les graphologues examinent des caractéristiques telles que l'inclinaison des caractères, la taille de chaque lettre, la forme des lettres, la pression du trait ascendant et descendant, l'espacement des mots, l'espacement des lettres, ou encore l'emplacement de la signature...
Au delà de la lettre manuscrite, le Groupement des graphologues conseils de France (GGCF) précise que les graphologues s'appuient sur des éléments biographiques (âge, sexe, niveau d'études) et sur le curriculum vitae du candidat, afin d'établir un « profil graphologique » de ce dernier.
De nos jours, la graphologie est enseignée au sein d’écoles privées. Des associations de graphologues professionnels organisent des examens, délivrent des diplômes et militent pour la reconnaissance officielle de ceux-ci auprès des pouvoirs publics.
S'agit-il d'une méthode valide d'évaluation de la personnalité ?
Bien que la graphologie soit une technique reconnue par l'AFNOR (norme NF X50-767) en tant qu'outil d'aide à la décision professionnelle ayant sa place parmi les techniques utilisées dans le processus de recrutement, la graphologie n'est pas une science exacte, et encore moins une méthode valide d'évaluation de la personnalité.
De nombreux chercheurs se sont intéressés à l'étude de la graphologie, afin d'établir l'existence d'un lien précis entre l'écriture manuscrite et la personnalité, mais sans succès. En effet, aucune preuve de la validité scientifique de la graphologie n'a été trouvé.
Une étude pour le compte de la Société Hollandaise de Psychologie Industrielle considéra 2.250 avis de graphologues et 6.000 d'un autre groupe témoin. Les chercheurs hollandais trouvèrent que les jugements graphologiques, dans une large mesure, étaient légèrement plus souvent corrects que faux, mais conclurent que pour ce qui est d'apprécier un individu « ... la graphologie est une méthode de diagnostic hautement douteuse et probablement sans valeur ». (Jansen 1973).
Une autre analyse de 1989, portant sur 17 études réalisées plus tôt, concernant la validité de la graphologie en tant qu'outil servant à l'embauche et au recrutement de personnel, a montré que même le peu de corrélations parfois obtenues par les graphologues est largement imputable aux contenus des manuscrits des candidats (Neter & Ben-Shakhar 1989).
Enfin, l'étude Illusory Correlations in Graphological, conduite par King et Koehler en 2000, a établit que les déductions opérées entre la forme ou les caractéristiques d'une écriture et les traits psychologiques, n'étaient en réalité que des corrélations illusoires. Selon les auteurs, la graphologie est une forme d'illusion assez convaincante, qui fait que cette technique reste assez populaire de nos jours.
Avez-vous intérêt à recourir à la graphologie dans vos recrutements ?
Étant donné qu'aucune étude scientifique n'a réussi à prouver la capacité de la graphologie à déterminer la personnalité et les performances professionnelles des candidats, et que les tarifs pratiqués par les graphologues varient beaucoup en fonction de la « qualité » de l'analyse (les tarifs appliqués pour une analyse graphologique varient entre 75 et 300 euros HT), le recours à cette technique semble s'avérer totalement inutile dans le cadre d'un recrutement.
Par conséquent, comme le précise Laurent Rodriguez, Responsable Recrutement Groupe chez Lactalis, sur son blog, si « un recruteur ou un cabinet vous propose une graphologie, prenez cela avec humour (riez à chaude larme) et sauvez-vous ! De peur d'être embauché dans une entreprise dirigée par des adeptes du charlatanisme et autres PsychoGourou ».
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3 CommentairesConsternant ! A une période où les demandes d'emplois sont bien supérieures aux offres, il est tentant de faire un tri drastique dans les CV reçus. Pour autant, avoir recours à la graphologie est aussi illusoire que vain. Illusoire, car la graphologie, pas plus que le cv, la lettre de motivation ou même l'entretien ne peuvent vous garantir un sans faute dans le recrutement. Vain, car la graphologie n'est ni une science ni une technique ayant démontré sa pertinence.
En revanche la prestation semble devenir un "must" que différents cabinets offrent à leurs clients. Mais c'est un must qui a un coût et je ne saurai que trop conseiller de négocier le coût de la prestation en invoquant justement le souhait de ne pas recourir à des "experts" qui n'apportent rien. Dans les années 80 certains évoquaient même le recours à l'analyse sanguine pour rassurer l'entreprise sur ses recrutements ! Mieux encore, certains n'hésitent pas d'avantage à avoir recours à la numérologie, l'astrologie...
Il est utile de rappeler que personne ne peut être sûr de la qualité de son recrutement. Soit parce que c'est le poste lui même qui a été mal ciblé, soit parce que la personne change ou que l'attente de l'entreprise change aussi. Le véritable test pour observer la qualité d'un recrutement restera donc toujours la période d'essai.
Pour autant celle-ci doit être menée avec intelligence. La période d'essai ça n'est pas "lâcher" le nouvel arrivant et le laisser se débrouiller. Une période d'essai pour être efficace doit comporter des points d'échanges réguliers, doit laisser le temps de l'appropriation du poste... Cette période doit donc être menée conscienseusement et étape par étape... Alors vous pourrez être plus sûr de votre recrutement !
Le renouvellement de la période d'essai ne doit pas être systématique et il doit être approprié et motivé. A défaut, le salarié sera démotivé avant même d'avoir été définitivement recruté. En conclusion dans tout recrutement il est impératif de se poser pour évaluer les compétences qui font défaut dans l'entreprise ou le service ou les compétences que l'on veut renfocer. Une fois cette analyse faite il convient de construire un poste mettant en avant les compétences qui seront sollicitées.
L'annonce doit mettre d'avantage en avant les compétences recherchées et être ainsi plus pragmatique. L'analyse du CV n'est alors là que pour évaluer la concordance théorique entre les compétences du candidat et les compétences recherchées. La période d'essai doit alors montrer si le candidat a pu s'adapter à son poste, au service... et s'il maîtrise bien les compétences qui ont été à l'origine de son recrutement... qui peut prétendre que le métier de recruteur est chose aisée ?
Au-delà de la graphologie, d’autres pseudo-sciences sont employées par certains cabinets de recrutement plus ou moins fiables. Je pense notamment à la numérologie qui se base sur votre date de naissance, à la chirologie qui est la lecture des formes de votre main, ou encore à la morpho-psychologie ou le « délit de sale gueule revisité », qui consiste en l’étude des traits du visage afin de déterminer le profil psychologique du candidat !!! Bref, je pense que toutes ces pratiques n’ont rien à faire dans un processus de recrutement sérieux.
Voici un lien vers l'article de Laurent Bègue, Professeur de psychologie sociale : "Il faut virer la graphologie des entretiens d'embauche"