Le scandale des caisses noires de l’Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie (UIMM) a refait surface ce mercredi 18 novembre 2009 avec la perquisition par la brigade financière des sièges parisiens des fédérations métallurgie de FO, de la CFDT, de la CGC et de la CFTC, ainsi que du siège confédéral de la centrale chrétienne, où le juge chargé du dossier, Roger Le Loire, a lui-même mené la perquisition. Ce nouvel épisode jette une fois de plus le doute sur les syndicats et sur leur financement. Curieux d’en savoir plus, Intelligence Rh est allé questionner Joseph Crespo, alors Président de la fédération CFTC métallurgie, qui a accepté de répondre à nos questions.
Intelligence Rh (IRh) : Ce mercredi 18 novembre 2009, la brigade financière a mené une perquisition dans les locaux de la fédération CFTC de la Métallurgie, situés à Vincennes. Quelle a été votre réaction face à cette situation ?
Joseph Crespo (J.C.) : J’ai tout d’abord été surpris. Vous conviendrez qu’il est tout de même assez inhabituel d’être appelé par sa secrétaire à 9h du matin pour vous informer de la présence de la police judiciaire dans vos locaux. Puis j’ai également été impressionné, ce qui me semble naturel lorsque sept enquêteurs de la police débarquent chez vous avec une commission rogatoire.
Ces derniers cherchaient à trouver des réponses précises, en particulier sur des pièces liées à des réunions organisées par l’UIMM. Leurs recherches portaient plus particulièrement sur des remboursements de frais entre 2002 et 2007.
Nous leur avons donc fourni toutes les pièces justificatives nécessaires. Je tiens à souligner que ces pièces étaient des convocations à des réunions organisées par l’UIMM. Les montants correspondaient à des remboursements de frais de transport et de repas le midi, ce qui est classique à toute entreprise : lorsqu’elle convoque une organisation syndicale, elle est obligée de prendre à sa charge les billets de train et éventuellement les frais d’hébergement si la réunion se déroule sur plusieurs jours.
IRh : A l’heure actuelle, quel est votre ressenti et vos craintes par rapport à cette affaire ?
J.C. : Aujourd’hui, je suis serein et soulagé que cette perquisition, que j’appelais de mes vœux dès le début de cette affaire pour lever les soupçons sur mon organisation syndicale, se soit bien déroulée. Mais dans toutes les affaires, il y a toujours un mal pour un bien.
En l’espèce, le mal c’est qu’aujourd’hui, vis-à-vis des médias, mon organisation syndicale est sous les feux de la rampe avec une suspicion et un doute aux yeux des salariés. Le bien, c’est que le juge chargé du dossier, Roger Le Loire, vient de franchir une nouvelle étape avec les perquisitions. Désormais, il n’y a que deux issues possibles : soit nous sommes coupables, soit nous sommes blanchis.
A ce titre, je tiens à rappeler que Monsieur le juge recherche 16,5 millions d’euros en liquide et que les pièces demandées et fournies par la fédération CFTC de la métallurgie justifiaient d’environ 5.000 € par an sur 5 ans.
IRh : La CFTC est la seule confédération à avoir été perquisitionnée lors de cette journée. Pensez-vous que cela ternisse l’image de la CFTC ou que cela l’handicape dans la course à la représentativité ? Croyez-vous aux chances de la CFTC pour rester représentative en 2013 ?
J.C. : Comme je viens de vous le dire à l’instant, dans toutes les affaires, il y a toujours un mal pour un bien. Le mal, c’est que les soupçons de corruption des syndicats seront certainement entretenus par les médias. Cette mauvaise image pourrait donc nuire à la CFTC.
Cependant, je ne pense pas que les salariés feront l’amalgame entre cette affaire et la mission quotidienne de la CFTC. Nous essayons de coller aux attentes des salariés, et pour ce faire nous avons lancé des services innovants à destination des 16 000 adhérents de la métallurgie, entièrement financés par la fédération CFTC, comme une assurance décès tous risques à concurrence de 4.000 € ou encore l’accès à Canal CE, un ensemble de prestations pour les salariés des petites entreprises.
Ces mesures sont issues du programme que j’avais élaboré en 2008 afin de conquérir la présidence de la CFTC, mais puisque je n’ai pas pu l’offrir à l’ensemble des adhérents CFTC, je l’offre aujourd'hui à tous les adhérents de la métallurgie, et ce sans que le prix de la carte d’adhésion n’augmente d’un euro.
Grâce à la mise en place de ces services depuis le 1er novembre 2009, nous avons déjà enregistré plus de 100 nouvelles adhésions en France et beaucoup de demandes de militants issus d’autres fédérations. Je continue de croire que c’est la seule possibilité pour que notre organisation ne perde pas sa représentativité au niveau national. Il faut bien prendre conscience que la loi sur la représentativité d’août 2008 dit que ce sont les salariés qui décident de ceux qui vont les défendre.
C’est pourquoi, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que la fédération de la métallurgie soit représentative en 2013 et atteigne la barre des 8%. D’après plusieurs sondages faits auprès d’institutions, on se situerait à l’heure actuelle aux alentours de 7,5%.
IRh : Le 27 octobre 2009, le Tribunal d’Instance de Brest a rendu une décision singulière en validant la désignation d’un délégué syndical par un syndicat n’ayant pas obtenu 10% des suffrages exprimés, tous collèges confondus au premier tour de l’élection des membres du comité d’entreprise. Le TI a justifié cette décision en considérant que la loi du 20 août 2008 est contraire au droit européen. Que pensez-vous de cette décision ?
J.C. : Je pense que cette décision est importante, mais qu’elle doit être prise avec des pincettes. Personnellement, je reviendrais sur une partie très spécifique de ce jugement, à savoir que le TI juge discriminatoires et contraires aux règles communautaires les dispositions de la loi du 20 août 2008 qui permettent à la CFE CGC, syndicat catégoriel affilié à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle nationale, d'être représentative avec 10 % dans le seul collège où elle se présente, tout en interdisant à un syndicat intercatégoriel d'être représentatif dans le collège où il le souhaite.
Selon moi, soit il faut que la CFE CGC se présente dans tous les collèges, car elle fait partie d’une entreprise entière et pas d’un bout d’entreprise, soit il faut permettre aux autres organisations intercatégorielles de choisir le collège dans lequel elles souhaitent être comptabilisées.
IRh : Enfin, au-delà de l’UIMM, de la perquisition et de la représentativité, quelle est votre principale préoccupation à l’heure actuelle ?
J.C. : Actuellement, ma préoccupation principale concerne la crise de l’automobile. Tous les métiers sont durement touchés, mais plus particulièrement les sous-traitants et les petites entreprises qui mettent la clé sous la porte. Nous nous rencontrons avec le Ministre de l’Industrie et tous les grands constructeurs, afin de déterminer la meilleure façon de les aider, car chaque petite entreprise qui ferme, c’est une partie du savoir-faire français qui s’évapore soit en Inde, soit en Chine ou ailleurs.
Ce n’est pas acceptable, et la CFTC demande au gouvernement et aux grandes industries de se mettre en politique de bassin d’emploi. Il faut arrêter de croire que la solution consiste à donner un chèque de 10 ou 15 000 € à un salarié, car ce n’est vraiment pas grand-chose et c’est surtout une famille de plus qui est malheureuse. La seule vraie solution c’est l’EMPLOI, l’EMPLOI, l’EMPLOI …
A propos de Joseph Crespo :
Adhérent à la CFTC depuis 1984, Joseph Crespo est élu en 2000 au poste de Président de la Fédération Nationale CFTC Métallurgie, qu’il conservera pendant trois mandats successifs. Ex-candidat à la présidence de la CFTC lors du 50e Congrès Confédéral de Strasbourg en octobre 2008, il n'est pas élu, mais obtient tout de même 44,6% des suffrages exprimés sur son nom. Il est aujourd’hui le Secrétaire général de la Fédération métallurgie de la CFTC, dont nous vous invitons à découvrir le site à l’adresse suivante : http://www.cftcmetallurgie.com/index.php

