Mardi 1er décembre 2009, France Télécom a révélé avoir comptabilisé le nombre de suicides intervenus depuis janvier 2008. Contrairement au décompte de 26 suicides en 18 mois jusqu’alors avancé par les syndicats et l’Observatoire du stress et des mobilités forcées, la direction a reconnu 32 suicides en 2 ans.
Pour arriver à ce chiffre, la direction a déclaré avoir « récemment interrogé l’ensemble des directions territoriales et régionales » sur demande de l’inspection du Travail, et « il en est ressorti un total de 32 suicides en deux ans, dont 17 en 2009 », un chiffre communiqué, « en toute transparence », à l’inspection du Travail.
La direction souligne également que « le chiffre de 26 suicides en 18 mois résulte de la communication initiée par les syndicats depuis les drames de cet été ». De leur côté, les syndicats rappellent que leur décompte était celui des suicides dont ils avaient connaissance, qu’ils aient un lien ou non avec le travail. « Notre décompte était forcément imparfait, car la collecte n’était pas exhaustive », explique Sébastien Crozier (CFE-CGC), dénonçant, tout comme Patrick Ackermann (Sud-PTT), des « mensonges de la direction », qui « savait » le nombre exact. Plusieurs syndicats avaient d’ailleurs récemment demandé à la direction de communiquer sur ce nombre, s’étonnant qu’elle n’ait pas contesté celui avancé par l’Observatoire du stress et des mobilités forcées.
Pour la direction, « une polémique n’a pas lieu d’être sur un sujet aussi grave ». « Un seul suicide est un suicide de trop », a-t-elle ajouté. Une formule reprise par FO, dont Olivier Brenaget a espéré que le cabinet Technologia, chargé notamment de mener l’étude sur l’environnement de travail de chaque salarié suicidé, puisse « enfin travailler sereinement ».
Mais direction et syndicats ont appris hier que cette enquête était suspendue, à la demande du cabinet d’expertise, en raison de la multiplication des études parallèles en cours (CHSCT, inspection du travail, caisse nationale d’assurance maladie).
Transparence ou brume dissipée ?
Dans cette affaire, même si la direction de France Télécom semble jouer la carte de la transparence en rejetant la responsabilité sur les syndicats, fautifs de diffuser des chiffres erronés, l’attitude de cette dernière soulève certaines interrogations.
Ainsi, malgré les nombreuses sollicitations de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées pour obtenir un chiffre officiel de la part de la direction, cette dernière s’est contentée, pendant plusieurs mois, de laisser circuler les chiffres avancés par les syndicats, sans pour autant les démentir !
Par ailleurs, l’attitude de la direction au cours de ces derniers mois semble discutable pour un certain nombre de médecin du travail ayant jeté l’éponge. C’est notamment le cas d’un médecin du travail à Tours, ayant démissionné en mai dernier après seulement 4 mois d’activité et qui explique son ressenti au travers de sa lettre de démission, mais aussi d’un autre médecin à Grenoble, dont la démission a été largement relayée la semaine dernière.
Enfin, comme le précise le Parisien dans son article intitulé « Polémique sur le nombre de suicides », c’est grâce à une fuite de la direction lors du comité de pilotage sur le stress au travail organisé le 16 novembre 2009, que le voile a pu être levé sur la situation réelle chez France Télécom.
Le syndicaliste Sud-PTT, Pierre Ackermann, se souvient que c’est à cette occasion « qu’on s’est rendu compte que la liste de l’Observatoire du stress ne collait pas avec celle de l’inspection du Travail, qui se base elle, sur des chiffres de la direction », chiffres issus des déclarations administratives réalisées par l’entreprise lors d’un accident du travail.
Par conséquent, l’annonce des 32 suicides en 2 ans intervient dans un contexte particulier, emprunt d’un certain malaise et d’une suspicion généralisée entre la direction et les syndicats. A l’heure actuelle, il est difficile de prévoir les conséquences futures de cette affaire, même si pour nos confrères de Marianne 2 « les cadres devront s’expliquer… », et qu’après le remerciement de l’ancien numéro deux de France Télécom, Louis-Pierre Wènes, « le dernier fusible qui reste, c’est Didier Lombard, et, des syndicats aux cadres, les candidats ne manquent pas pour l’amener à l’abattoir... »
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