Trois ans après le suicide d’Antonio B., ingénieur en informatique de 39 ans chez Renault, le constructeur automobile a été condamné jeudi par le tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Nanterre pour « faute inexcusable ».
Cette condamnation oblige désormais l’entreprise à prendre en charge l’intégralité de la rente versée à la famille de ce salarié, qui s’était défenestré d’un bâtiment du Technocentre Renault de Guyancourt (Yvelines), le 20 octobre 2006. Après trois ans de bataille juridique, cette décision « rend enfin justice à mon mari » selon Sylvie T., la veuve du défunt.
Dans cette affaire, la famille du salarié estime que Renault n’a pas respecté ses obligations de sécurité et que le stress professionnel auquel était soumis le salarié avait directement contribué à son geste. Il est vrai que le Technocentre de Guyancourt a été le théâtre de nombreux évènements tragiques, dont plusieurs suicides en 2006 et 2007.
Surnommé « la ruche », les 12000 ingénieurs du Technocentre travaillaient continuellement sous pression pour sortir huit nouveaux modèles par an, soit deux fois plus qu’auparavant avec un effectif constant selon le rapport Technologia.
Dans ces conditions, les dépassements d’horaires étaient nombreux, la pression sur les résultats était constante, et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée était rompu avec des journées de 12 heures et des dossiers ramenés à la maison dans l’ordinateur portable…
Pour Sylvie T., son mari a été victime d’une spirale infernale imposée par l’entreprise et « sans cette organisation du travail, [s]on mari serait aujourd’hui encore en vie ». C’est pourquoi, après avoir obtenu que la mort de son mari soit reconnue comme accident du travail par la Sécurité sociale, cette dernière avait saisi le Tribunal des affaires de Sécurité sociale de Nanterre pour faire reconnaître la responsabilité de Renault.
La condamnation du constructeur automobile est donc « un immense soulagement » pour elle, puisque la décision rendue hier « reconnaît ce qu’il a subi, enduré à cause de Renault. J’espèce que ce sera un signal fort pour toutes les entreprises » qui sacrifient « tout sur l’autel de la rentabilité, et pour les salariés qu’ils sachent que la justice est de leur côté » a-t-elle affirmé.
Les proches d’Antonio B. ont demandé la majoration de la rente versée à la famille et un euro symbolique d’indemnisation. Selon la présidente, ce jugement induit que la majoration de la rente sera maximum et qu’un euro sera versé au titre du préjudice moral à la veuve et à son enfant.
De con côté, le constructeur automobile « a pris acte » de la décision du TASS. Selon son avocate, Me Béatrice Pola, l’entreprise va réfléchir un éventuel appel, tout en soulignant que « c’est une affaire qui est délicate » et que « la réservé s’impose ».

