
Un simple trimestre oublié peut vous coûter 432 euros par an dès 2026
16 février 2026
Coupes dans les aides à l’embauche : qui sera vraiment touché et pourquoi ?
17 février 2026Imaginez qu’une photo de vous, prise avec votre plus beau sourire LinkedIn… ou un selfie carrément approximatif, suffise à prédire votre futur salaire ? Cela pourrait prêter à rire, mais des chercheurs américains ont mis l’idée au carré et provoquent un sacré débat autour de la discrète influence (ou de la grossière intrusion ?!) des traits physiques sur la réussite professionnelle.
Des visages passés au crible de l’intelligence artificielle
On commence fort : 96 000 photos LinkedIn de diplômés MBA ont été décortiquées par une équipe d’universitaires américains. Leur but ? Extraire les traits de personnalité – ni plus ni moins – supposés visibles sur ces visages, grâce à un algorithme d’intelligence artificielle. Résultat, l’algorithme a tenté d’établir des corrélations entre la « personnalité faciale » des profils et leur carrière : niveau d’études, salaire de départ, évolutions professionnelles… Sur le papier (ou plutôt sur l’écran), l’idée semble alléchante : qui n’a jamais essayé de deviner si le candidat en face a la tête de l’emploi ? Mais très vite, le projet dévoile un malaise : même les chercheurs admettent que la méthode est « fondamentalement discriminatoire »… Rien que ça !
L’illusion dangereuse des « Photo Big Five »
Le cœur du système : l’analyse des cinq grands traits de personnalité (ouverture, conscience, extraversion, agréabilité, névrosisme), le fameux « Big Five » des psys, mais projeté sur les photos. Selon l’étude, ces « Photo Big Five » prédisent avec une précision comparable à celle liée à la race ou à l’allure physique :
- Le niveau d’études
- Le salaire initial
- L’évolution de carrière
- Les chances de changer de poste
Marina Niessner, co-autrice et professeure à l’université d’Indiana, le rappelle : aujourd’hui, des entreprises – y compris des banques – utilisent déjà des questionnaires de personnalité pour embaucher. Et ça va plus loin : certaines sociétés d’IA exploitent cette méthode de Big Five pour analyser même les entretiens vidéo ! De quoi donner des sueurs froides à tous ceux dont la webcam rame ou qui héritent toujours d’un contre-jour catastrophique…
Un algorithme aux fondations bancales
La crédibilité de ce système ? Difficile à défendre. L’algorithme utilisé ne sort pas d’une boîte magique : il vient d’une publication de 2020 déjà répertoriée dans une liste peu reluisante de « sciences poubelles blanchies par le machine learning » (dixit un article de 2024). Autrement dit, ce gadget prétend déduire la personnalité auto-déclarée à partir du visage, sans aucun souci pour le contexte de la photo ni pour les biais historiques. Le tout revient à réutiliser ou aggraver des stéréotypes sociaux… et non à révéler les talents réels des candidat·e·s.
Face à ce retour en force de la bonne vieille physiognomonie du XIXe siècle (vous savez, la pseudo-science d’autrefois qui lisait le caractère sur le visage pour justifier des discriminations et pire), les chercheurs marchent sur des œufs. Ils affirment ne pas recommander l’usage du « Photo Big Five » pour le recrutement. Leur argument (qui ressemble à un aveu d’impuissance) ? Puisque des entreprises utilisent déjà de tels outils, il vaut mieux en décortiquer le fonctionnement, histoire d’alimenter des débats réglementaires encore très flous.
Un débat éthique explosif… ou la machine à délit de faciès ?
Le risque est criant : l’automatisation institutionnalise une forme de discrimination, au lieu de l’éradiquer. À tel point que plusieurs États américains ont décidé de serrer la vis : le Maryland exige désormais le consentement explicite pour toute reconnaissance faciale dans l’embauche, alors que New York impose carrément des audits de biais sur ces systèmes d’IA. L’étude, elle-même, formule une contradiction irréconciliable : comment justifier d’écarter un candidat parce que « son visage prédit trop d’agréabilité » ? Où est passée l’autonomie individuelle, et comment ne pas briser toute envie de se développer ?
Mais la réalité a la dent dure : malgré les gadgets IA, la vieille rengaine du physique qui ouvre (ou ferme) des portes perdure – certains témoignages rappellent que, pour deux candidates diplômées et aux CVs comparables, la plus “belle et mince” reste avantagée. Pas besoin d’algorithme pour le confirmer !
Conclusion : la technologie n’est pas une baguette magique…
Derrière le vernis high-tech, ces IA ne font que recycler des biais aussi vieux que l’embauche elle-même : la machine ne gomme pas nos stéréotypes, elle les automatise, les amplifie parfois. Reste à savoir ce que nous voulons pour notre société : une évolution sous l’œil inquisiteur de la reconnaissance faciale ou une valorisation sincère des talents ? À défaut, la prochaine étape du recrutement se fera peut-être avec un filtre « chien à grandes oreilles ». Et vous, seriez-vous embauché à la tête du client ?

