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16 mars 2026Licenciée après avoir insulté son patron : la salariée repart avec 12 490 € grâce à une clause que l’employeur avait oublié d’appliquer
25 septembre 2019. Marseille. Une réunion d’équipe tourne mal. Madame U, cheffe de projet dans une association d’habitat social, fond en larmes et lâche des propos que la Cour d’appel d’Aix-en-Provence qualifiera plus tard d’« outrageants » à l’égard de son président. Trois semaines après, elle reçoit sa lettre de licenciement. Fin de l’histoire ? Pas vraiment.
Le 20 juin 2025, cette même Cour d’appel condamne l’association à lui verser plus de 12 490 euros. Le retournement de situation tient à un détail que l’employeur n’avait pas anticipé : une clause de son propre règlement intérieur, qu’il avait tout simplement ignorée.
Des conditions de travail qui se dégradent depuis le premier jour
Recrutée début 2018 à l’âge de 45 ans, Madame U gère des résidences accueillant des familles en grande précarité dans des quartiers sensibles de Marseille. Dès le départ, les conditions ne sont pas au rendez-vous. « Je travaillais dans un bureau aménagé dans un T2, sans chauffage, sans chaise réglable, sans ordinateur fixe », témoignera-t-elle devant la juridiction.
Elle alerte rapidement sa hiérarchie : surcharge de travail, ambiance pesante, manque de moyens. Personne ne bouge vraiment. L’été 2019 aggrave la situation quand un collègue avec lequel elle est en conflit la menace verbalement. Il est éloigné du service, mais sans qu’elle en soit informée.
En septembre 2019, le médecin du travail consigne un « état anxieux » et des « pleurs récurrents ». C’est dans ce contexte de fragilité que survient l’incident du 25 septembre.
La réunion qui déclenche tout
Ce jour-là, Madame U interroge la direction sur l’avenir de son service dans le cadre d’une restructuration en cours. La réponse du directeur est vague. Elle s’emporte, pleure, et critique publiquement le président devant collègues et supérieurs.
L’association réagit vite. Convocation à un entretien disciplinaire, puis lettre de licenciement pour cause réelle et sérieuse le 17 octobre 2019. Les griefs s’accumulent dans le courrier : les propos tenus en réunion, des tensions avec des collègues, une attitude jugée inadaptée face aux usagers. L’employeur joint des plaintes et une fiche d’incident pour appuyer sa décision.
La riposte aux prud’hommes
Le 29 janvier 2020, Madame U saisit le conseil de prud’hommes de Marseille. Elle dénonce un harcèlement moral et accuse son employeur d’avoir manqué à son obligation de sécurité, ce qui, selon elle, explique son craquage lors de la réunion.
C’est là qu’intervient l’analyse de Me Henri Guyot, avocat en droit du travail : « L’employeur aurait pu invoquer la faute grave, ce qui l’aurait dispensé de toute indemnité de rupture. Mais il a opté pour une cause réelle et sérieuse, maintenant ainsi le droit de la salariée au préavis et à l’indemnité légale. »
La clause que l’association avait oubliée
Le vrai problème pour l’employeur se situe ailleurs. Madame U n’avait jamais reçu le moindre avertissement ni la moindre sanction avant son licenciement. Or, le règlement intérieur de l’association précisait explicitement qu’un licenciement, hors faute grave, ne pouvait intervenir qu’après deux sanctions disciplinaires préalables.
Me Guyot est direct sur ce point : « En France, dans 99 % des cas, l’employeur est libre de choisir la sanction qu’il estime appropriée. Ici, il s’est lui-même lié les mains avec son propre règlement. Cette clause constitue une garantie de fond. Ne pas la respecter affecte les droits de la défense. Ce n’est pas une simple erreur de procédure. »
Le verdict du 20 juin 2025
La Cour d’appel d’Aix-en-Provence confirme que le licenciement est dépourvu de cause réelle et sérieuse. Elle ne va pas jusqu’à le déclarer nul — « la nullité reste une sanction d’exception, réservée à des cas précis comme le harcèlement avéré ou la discrimination », rappelle l’avocat — mais elle reconnaît un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité.
Cette obligation va plus loin que la seule prévention du harcèlement : elle impose à l’employeur de mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires pour préserver la santé mentale de ses salariés. Ce que l’association n’a manifestement pas fait.
Le détail des sommes accordées
- 5 000 € pour manquement à l’obligation de sécurité
- 4 891,68 € pour licenciement injustifié
- 2 500 € au titre des frais de justice
Soit un total de 12 491,68 euros. Une somme que l’association ne versera pas directement : placée entre-temps en procédure de sauvegarde, c’est un fonds de garantie des salaires qui prend le relais.
Le message de cette affaire est simple. Un employeur peut licencier un salarié après un comportement fautif. Mais s’il a lui-même prévu des garde-fous dans son règlement intérieur, il ne peut pas les ignorer. Même quand il pense avoir toutes les raisons du monde de le faire.
